Amorces photographiques

Amorces littéraires

Et voilà 3 amorces pour le concours Jeunes des Ancres noires, session 2020 2021.

Amorce N° 1
Ploc, ploc, ploc…
— Qu’est-ce que c’est que ça ?
Il fait nuit, j’entends ce bruit incessant qui me perfore les tympans depuis un bon moment, d’abord intégré à mes rêves puis petit à petit comme l’évidence d’un élément de réalité. Je devrais me lever, aller vers la salle de bain, fermer le robinet. Pourquoi est-ce que je l’ai mal fermé ? Quand je me suis lavé les dents sûrement. Je ne fais jamais ça habituellement, je suis assez vigilante. L’eau est précieuse, j’y fais attention, je fais attention à tout d’ailleurs je suis une adepte du zéro déchets. Enfin il y a des limites, je ne vais tout de même pas me lever en pleine nuit pour fermer un robinet qui renifle ! J’essaie de me rendormir malgré ce bruit qui devient strident et obsédant au fil des minutes qui s’écoulent. Ma tête me fait mal, j’ai froid. J’essaie de remonter la couette sur moi, je ne peux pas bouger, mes mains sont liées entre elles ainsi que mes chevilles. Je tremble de tous mes membres, le matelas sur lequel on m’a jetée sent la pourriture. L’angoisse me gagne, tout d’un coup des images me passent devant les yeux, des ombres, des bruits, des coups, j’ai envie de hurler : je me souviens…

Amorce N° 2
Nous avions acheté les tickets depuis plus de six mois. Nous étions de vrais mômes en regardant nos téléphones portables sur lesquels s’affichaient les e-billets. Les jours nous ont paru bien longs jusqu’à la date magique. Alex était encore plus enthousiaste que moi. On avait prévu de prendre le train ; Paris-Lyon se fait en deux heures. On avait ainsi beaucoup plus de chance d’être à l’heure. Le concert programmé en juin nous offrait la possibilité de dormir quelques heures dehors en attendant le train pour rentrer à Paris, c’était tout bénef pour nous deux. De jour en jour nous devenions de plus en plus insupportables. Notre rêve d’enfance se concrétisait : voir en live Bigflo et Olly . Alex ne parlait plus que de ce départ. Elsa, sa petite amie, avait même failli le larguer; elle en avait par-dessus la tête de sa folie galopante. D’après elle, c’était pire que l’équipe de France en finale de la coupe du monde. Le jour J est enfin arrivé ; tels des conquérants, le sac au dos, nous sommes montés dans le train et là tout est parti de travers…

Amorce N°3

Je n’avais pas sitôt franchi la grille d’entrée de l’internat privé dans lequel mon père m’avait inscrit, soi-disant pour mieux préparer mon bac, que j’ai su que mon destin allait s’y jouer. Peut-être à cause des bâtiments imposants du château qui se dressait devant moi et qui semblait crouler sous le poids des siècles. Je me suis fait immédiatement la réflexion que si les murs pouvaient parler, ils raconteraient sans doute des histoires extraordinaires. Harry Potter, version française, hantait peut-être les lieux !
Le sourire aux lèvres, je me suis engagé dans l’allée centrale qui menait à une terrasse surélevée où se pressaient déjà de nombreux élèves. J’accélérais le pas quand une sorte de géant à la tignasse rousse m’a bousculé et a failli me faire tomber. Furieux, j’allais riposter quand le garçon m’a lancé :
Salut ! T’es nouveau à Saint-Eustache ?