QIU XIAOLONG ( 1953 Shanghai –    )

Quand commence la Révolution Culturelle en Chine, Qiu Xiaolong est à l’école primaire. Son père, accusé d’être un capitaliste et la famille deviennent la cible des Gardes Rouges de Mao. Qiu Xiaolong ne peut plus aller à l’école. C’est par ses propres moyens qu’il s’initie alors au Taï chi dans les jardins publics de Shanghai et étudie la langue anglaise. On remarquera l’importance de la langue chez les trois premiers auteurs qui nous emmènent dans ce grand périple dans l’univers du Polar.

Cet autodidacte parvient malgré toutes les embûches à rejoindre l’université en 1976 afin de suivre un cursus en littérature anglo-américaine et se spécialiser dans la poésie, en particulier celle de T.S.Eliot, à propos duquel il rédige un mémoire. T.S.Eliot est considéré par beaucoup comme le plus grand poète britannique du XXe siècle. Qiu Xiaolong écrit également ses propres poèmes. Son personnage, Chen Cao dans l’un des romans, apparaîtra comme traducteur officiel de T.S.Eliot en chinois.

Dans le cadre de ses études supérieures, Qiu Xiaolong part aux Etats-Unis. Surviennent les événements de la place Tian’anmen.

« En 1989, mon nom a été mentionné dans The Voice of America car je collectais de l’argent pour aider les étudiants de Beijing. Mes parents ont été avertis par les autorités qu’il fallait me prévenir que si je continuais, ils pourraient en subir les conséquences. Et mon éditeur m’a écrit pour me dire qu’il ne pouvait plus éditer mes recueils de poésie en chinois. »

C’est là un tournant décisif dans la vie de Qiu Xiaolong. Il ne peut plus retourner en Chine. Il se voit contraint d’écrire en anglais et poursuit à sa façon son combat politique en créant un inspecteur [ Chen Cao ] qui lui ressemble beaucoup, un inspecteur poète. Il sait à quel point il est difficile de faire bouger les choses en étant en exil. Cependant, il dit : « Vous savez, il y a en Chine un proverbe qui dit que vous ne pouvez saisir l’image d’une montagne si vous êtes assis dessus. Bien sûr, on peut écrire sur la Chine en y vivant, mais j’ai une perspective différente, une distance qui me semble nécessaire. »

Les enquêtes de Chen Cao nous ouvrent les yeux sur la réalité chinoise à Shanghai sous Deng Xiaoping : les lourdeurs de l’appareil, la politique, la corruption, les mœurs dissolues, la crise du logement… que connaît la Chine moderne, mais aussi ce qui manque à ce Chen-Qiu comme la culture via la poésie, la cuisine, la gastronomie, etc.

Dans le dernier livre de la série ( 10 romans ) il fait dire à Vieux Chasseur, un ami de l’inspecteur Chen Cao : « Maintenant que la corruption est ancrée dans les profondeurs du système, on ne peut que tomber dans le cynisme et la désillusion. »

Pourtant le lecteur prend un plaisir fou à découvrir la Chine. Comme pour la préparation de thé, il faut laisser du temps au temps. Il faut laisser infuser.

« On dit que certains peuvent dire l’heure

        D’après le changement de couleur

        Dans les yeux d’un chat… » ( Mort d’une Héroïne Rouge )

 

Mort d’une Héroïne Rouge ( 2001 ) – Death of a Red Heroine ( 2000 )

 

Lors d’une partie de pêche entre copains à l’extérieur de Shanghai, on ne s’attend pas à tomber sur le cadavre d’une jeune et jolie femme. Et pour l’inspecteur Chen être dérangé par un meurtre alors qu’il fait la fête avec des amis ne l’enchante guère. Tout se corse. Chen apprend que la victime s’appelle Hongying. Il s’agit d’une célébrité, ‘l’Héroïne Rouge’, une Travailleuse de la Nation. Les autorités choisissent le commissaire Zhang comme conseiller de l’enquête. La tâche de Chen risque d’être rude quand il va devoir enquêter sur les mœurs dissolues à Shanghai à l’époque du camarade Deng Xiaoping…

 

3 autres romans de Qiu Xiaolong :

 

Le Très Corruptible Mandarin ( 2006 ) – A Case of Two Cities ( 2006 )

 

De Soie et de Sang ( 2007 ) – Red Mandarin Dress ( 2007 )

 

Les Courants Fourbes du Lac Tai ( 2010 – Don’t Cry, Tai Lake ( 2012 )

 

Allez, un petit poème pour la route. Il s’agit d’un extrait de Montée au Pavillon des Cigognes de Wang Zhihuan, un poète du VIIe siècle, sous la dynastie des Tang.

 

Le soleil blanc vers les monts penche et disparaît ;

    Le Fleuve Jaune à l’océan court se jeter.

    Si tu veux d’un coup d’œil embrasser mille stades,

    Monte encore un étage. »

 

 

Bonne lecture. Bon Voyage.

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